De nouveaux éléments scientifiques
Contamination humaine au glyphosate : conclusions de la Saison 1
Les prélèvements d’urine effectués entre juin 2018 et janvier 2021 se sont conclus par la parution, en janvier 2022, d’une étude scientifique dans une revue internationale montrant une contamination généralisée (99,9%) des français quels que soient le lieu de résidence, le mode de vie, et la période de l’année.

Pourquoi le Parlement européen a-t-il renouvelé l’autorisation du glyphosate ?
Il se base sur les conclusions de l’EFSA, agence européenne de sécurité, qui affirme que les quantités de glyphosate trouvées dans les urines sont sans risque pour la population.
EXTRAIT DES CONCLUSIONS DE L’EFSA CONCERNANT LES VALEURS TOXICOLOGIQUES DE RÉFÉRENCE EN FRANÇAIS
Les valeurs toxicologiques de référence (VTR) ont été obtenues pour le glyphosate comme suit. La dose journalière admissible (DJA) est de 0,5 mg/kg de poids corporel par jour, sur la base d’une NOAEL de 53 mg/kg de poids corporel par jour issue d’une étude de 90 jours chez le chien. La DJA est étayée par la NOAEL de 59,4 mg/kg p.c. par jour issue d’une étude de 2 ans sur le rat et couvrant la NOAEL de 50 mg/kg p.c. par jour pour la toxicité maternelle identifiée dans une étude de toxicité pour le développement du lapin. Le facteur d’incertitude standard (UF) de 100 a été appliqué. Les effets induits par le glyphosate sur les glandes salivaires chez les rongeurs sont probablement un effet local dont l’adversité et la pertinence humaine ne sont pas claires, qui ont été considérées comme non pertinentes pour le calcul des VTR.
Comment l’EFSA arrive-t-elle à la conclusion que les quantités ingérées sont sans risque pour les humains?
En se basant sur 2 éléments :
1) La DJA ou Dose Journalière Admissible (quantité pouvant être ingérée quotidiennement durant toute une vie sans risque pour la santé humaine), établie par l’EFSA.
2) La formule de Niemann reliant taux de glyphosate dans les urines et quantité de glyphosate ingérée.

La DJA est-elle fiable?
Non, car elle se base :
– presque uniquement sur des études couvertes par le secret industriel, pratique condamnée par la Cour de Justice Européenne le 1er octobre 2019.
– sur des expériences animales, dont l’extrapolation à l’humain n’est pas forcément fiable (le paracétamol, le chocolat, la pénicilline peuvent être mortels respectivement pour le chat, le chien, le cochon d’inde).
– sur une étude à ‘long terme’ de 90 jours chez le chien, étayée par une étude de 2 ans chez le rat et une étude chez le lapin, alors que l’apparition de cancers chez les humains se manifeste sur des périodes beaucoup plus longues.
La DJA est-elle universelle ?
Non, puisque (exprimée dans la même unité) elle est de 1,75 aux USA, 0,5 en Europe, 0,3 (préconisé par l’OMS) au Canada, en Australie ou en Nouvelle-Zélande, et même 0,1 préconisé par les experts de la Commission Européenne en 2021.
La formule de Niemann est-elle exacte ?
Non, car elle s’appuie sur 2 hypothèses :
– un taux d’absorption orale (c’est à dire le passage d’une molécule dans les liquides circulants à travers les membranes cellulaires suite à une ingestion orale) de 20% pour les animaux qui s’avère inexact pour les humains
– une excrétion complète de la quantité absorbée de glyphosate par l’urine, sans accumulation et pratiquement sans métabolisme (non vérifié pour les humains)
EXTRAIT DE L’ARTICLE DE NIEMANN EN FRANÇAIS
Pour cette approche, certaines hypothèses ont dû être faites qui sont expliquées ci-dessous :
1. Excrétion complète de la quantité absorbée de glyphosate (« dose interne ») par l’urine, pas d’accumulation et pratiquement pas (ou très limité) de métabolisme.
…
4. Absorption orale de glyphosate de 20 %. La résorption systémique du glyphosate administré par voie orale à partir de l’intestin est plutôt médiocre. L’hypothèse précédente d’environ 30 % (Commission européenne 2002) n’a pas été confirmée lors de la réévaluation en cours. De nouvelles données toxicocinétiques (EFSA 2014), y compris des informations issues de la littérature ouverte (Anado´n et al. 2009), suggèrent plutôt un taux d’absorption orale d’environ 20 %.
-> En effet les études récentes de Zoller (2020) puis de Faniband (2022) sur des êtres humains (et non sur des animaux) montrent que ce taux n’est pas de 20 % mais de l’ordre de 1%, ce qui signifie que les quantités ingérées de glyphosate sont 20 fois plus importantes que ce que prétend l’EFSA. Notons que l’EFSA, dans sa dernière expertise parue en Juillet 2023 qui a mené au renouvellement de l’autorisation du glyphosate pour 10 ans, continue à utiliser ce taux inexact de 20 %, ce qui conduit mécaniquement à une sous-estimation d’un facteur 20 de la quantité réellement ingérée (Connolly, 2020).
-> Mais où sont passés les 19 % de glyphosate perdus lors de l’extrapolation de l’animal à l’humain? Faut-il remettre en cause le postulat de Niemann (basé sur des expérimentations animales) préalable à sa formule : « Pour les substances actives des produits phytopharmaceutiques ayant une élimination urinaire bien définie, sans potentiel d’accumulation et pratiquement sans métabolisme…»
EXTRAIT DE L’ARTICLE DE ZOLLER EN FRANÇAIS
Depuis la classification du glyphosate comme substance du groupe 2A « probablement cancérogène pour l’homme » par le CIRC en 2015, des inquiétudes pour la santé humaine ont été soulevées concernant l’exposition des opérateurs, des personnes à proximité des épandages et des consommateurs. Des études de mesure de l’urine ont été menées, mais comme les données toxicocinétiques sur le glyphosate chez l’homme font défaut, une interprétation significative de ces données concernant l’exposition n’est pas possible.
Objectif : Cette étude vise à déterminer la fraction d’excrétion de glyphosate et d’AMPA dans l’urine après avoir consommé des aliments ordinaires contenant des résidus de glyphosate, afin d’estimer l’apport alimentaire en glyphosate.
Méthodes : Douze participants ont consommé un repas test contenant une quantité connue de résidus de glyphosate et une petite quantité d’AMPA. L’excrétion urinaire a été examinée pendant les 48 heures suivantes.
Résultats : Seulement 1 % de la dose de glyphosate a été excrétée dans les urines.
RÉSUMÉ DE L’ARTICLE DE FANIBAND EN FRANÇAIS
Nous avons étudié la cinétique du glyphosate GLY en mesurant le composé parent et son métabolite acide aminométhylphosphonique (AMPA) dans des échantillons d’urine de trois volontaires après une exposition orale expérimentale… Les échantillons d’urine ont été analysés par LC-MS/MS.
Lors de l’exposition expérimentale, trois volontaires sains ont reçu une dose orale équivalente à 50 % de la DJA pour le GLY. Des échantillons urinaires ont été collectés jusqu’à 100 heures après l’exposition. L’excrétion du GLY dans l’urine semble suivre une cinétique de premier ordre et une excrétion en deux phases. La demi-vie d’excrétion du GLY (ajustée en fonction de la densité) était de 6 à 9 heures dans la phase rapide et de 18 à 33 heures dans la phase plus lente. La dose totale récupérée sous forme de GLY inchangé dans les échantillons d’urine des volontaires était de 1 à 6 %.
EXTRAIT DE L’ARTICLE DE CONNOLLY EN FRANÇAIS
Dans cet article, nous avons examiné et comparé les résultats de 21 études qui utilisent la biosurveillance humaine (HBM) pour mesurer le glyphosate urinaire et l’AMPA… Des données sur l’exposition sont nécessaires pour permettre une évaluation plus rigoureuse des risques réglementaires, et ces études ont porté sur des expositions professionnelles plus élevées, des expositions environnementales et des groupes vulnérables tels que les enfants. Il y avait également une incertitude considérable concernant le profil d’absorption et d’excrétion du glyphosate et de l’AMPA chez l’homme. Ces informations sont nécessaires pour calculer a posteriori les doses d’exposition à partir des concentrations urinaires et, par conséquent, comparer ces niveaux avec les valeurs indicatives fondées sur la santé. Des calculs rétrospectifs basés sur les taux d’excrétion d’origine animale ont suggéré qu’il n’y avait pas de problèmes de santé liés à l’exposition au glyphosate (par rapport à la dose journalière admissible (DJA) de l’EFSA). Cependant, des données récentes sur le métabolisme humain ont rapporté un taux d’excrétion urinaire de glyphosate aussi bas que 1%. Les expositions humaines extrapolées à partir des concentrations urinaires de glyphosate ont révélé que les niveaux supérieurs peuvent être beaucoup plus proches de la DJA que ce qui avait été rapporté précédemment.
La formule de Niemann pourrait-elle être fiable ?
Non, comme l’a montré le groupe scientifique de Campagne Glyphosate dans une étude scientifique parue dans une revue internationale en septembre 2023. Cette étude utilise les données de l’expérience humaine fournies par Zoller. Pour une personne ayant ingéré une quantité connue de glyphosate, le taux de glyphosate dans les urines et donc la quantité ingérée déduite de la formule de Niemann est extrêmement variable suivant le moment de prélèvement urinaire après ingestion. Ainsi parmi les 12 individus de l’expérimentation, on observe des sous-estimations de la quantité de glyphosate ingérée variant d’un facteur 36 à 172.
RÉSUMÉ DE L’ARTICLE EN FRANÇAIS
La Dose Journalière Admissible (DJA) est une estimation de la quantité d’une substance contenue dans un aliment ou une boisson qui peut être consommée quotidiennement tout au long de la vie sans présenter de risque appréciable pour la santé. Pour évaluer le risque dû à l’ingestion de glyphosate, les agences de sécurité comparent la dose quotidienne de glyphosate ingérée à la DJA. Se basant sur des données publiées concernant les taux de glyphosate urinaire mesurés en fonction des quantités ingérées connues, nos objectifs étaient de tester la robustesse du modèle mathématique actuellement utilisé pour calculer la dose journalière de glyphosate ingérée, et de proposer des modèles alternatifs basés sur la cinétique d’excrétion urinaire. Nos résultats montrent que la quantité de glyphosate ingérée est systématiquement sous-estimée par le modèle actuellement utilisé par les agences de sécurité, alors que les autres modèles évalués montrent de meilleures estimations, avec des différences selon le sexe. Nos résultats montrent également une grande variabilité entre les individus, conduisant à certaines incertitudes notamment en ce qui concerne la DJA, et confirment également que l’excrétion du glyphosate varie de manière significative entre les individus qui suivent un schéma posologique similaire. En conclusion, notre étude souligne le manque de fiabilité des processus d’évaluation menés par les agences de sécurité pour le glyphosate en particulier, et les pesticides en général, et s’interroge sur la pertinence de tels processus censés sauvegarder la santé humaine et l’environnement.
CONCLUSION
Pour le glyphosate seul, la détermination de la DJA (Dose Journalière Admissible) est clairement contestable (différente suivant les pays, obtenue à partir d’études couvertes par le secret industriel et d’extrapolation de l’animal à l’humain).
La formule de Niemann utilisée pour déterminer le lien entre taux de glyphosate dans les urines et quantité de glyphosate ingérée n’est pas fiable, et de plus, basée sur des hypothèses erronées, elle minimise fortement la quantité de glyphosate ingérée.
Ainsi, quelle que soit la valeur de la DJA, le risque encouru par la population reste inconnu.
Pour les produits à base de glyphosate, la Cour de Justice de l’Union Européenne a rappelé, le 1er octobre 2019, l’obligation de prendre en compte les effets potentiels du cumul des divers composants d’un produit phytopharmaceutique, ce qui n’a jamais été effectué.
